Tinderbox ou Ulysses ?

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J’utilise depuis plusieurs années une application de prise de notes dont j’ai déjà parlé à de nombreuses reprises tant elle me rend de très précieux services, Tinderbox. À dire vrai, elle m’est tellement utile au quotidien que je lui ai dédié un petit film de 6 minutes, Taking notes with Tinderbox, dans lequel je témoigne de l’usage que j’en fais notamment dans le cadre de ma thèse.

Toutefois, sans même entrer dans ses rouages les plus complexes, Tinderbox, même utilisée de manière basique, reste une application qui est loin d’être livrée « clef en main ».  Je comparerais volontiers sa prise en main à l’apprentissage d’un art, d’une technique ou d’un artisanat. Sa découverte prend du temps. Parmi les fonctions qu’elles propose, d’autre part, il en est une qui manque cruellement à l’appel dans un flux de travail quotidien : la possibilité de disposer d’une touche d’entrée rapide, comme le propose, par exemple, l’application de gestion de tâches Things ou comme le fait à merveille un autre gestionnaire de notes, DEVONthink Pro. En disposant de cette fonctionnalité, Tinderbox serait vraiment au sommet de son art.

Je me suis donc tourné vers des applications qui offrent cette fonction. Parmi celles-ci, DEVONthink Pro et Together disposent d’une interface efficace, mais qui ne ressemble guère à l’idée que je me fais d’un carnet de notes numérique. Scrivener est une application de traitement de texte que j’utilise au quotidien et qui me rend de fiers services, mais qui ne dispose pas de touche d’entrée rapide et qui ne propose pas non plus de fonctions d’indexation aussi pointues que DEVONthink Pro ou Together. Je me trouve donc dans une situation bien connue : l’application idéale n’existant pas, il faut trouver un compromis au plus près de ses besoins, en concédant, ici et là, d’indispensables renoncements.

Ne renonçant guère à chercher, je me suis tourné vers une application qui m’a toujours plongé dans la perplexité tant son interface me semble être à cent lieues de l’idée que je me fais d’un dispositif intuitif, facile à piloter et qui s’intègre donc de manière fluide dans un workflow chargé (plusieurs applications ouvertes à la fois et un incessant va-et-vient de l’une à l’autre, du logiciel de bibliographie au traitement de texte via le gestionnaire de pdf, par exemple). Depuis quelques jours, je teste en effet une application de traitement de texte qui n’existe que sur Mac : Ulysses et je profite de l’occasion pour lire un petit ouvrage que l’écrivain David Hewson a consacré à cette application : Writing a novel with Ulysses III. Il y a quelques années, j’avais lu avec grand plaisir son e-book sur Scrivener, un traitement de texte concurrent d’Ulysses que j’utilise au quotidien et dont j’ai déjà parlé ici même.

Quand il s’agit de découvrir de nouvelles applications informatiques, je ne boude pas mon plaisir, mais j’en fais vite le tour : Ulysses échappe à cette règle. Pour plusieurs raisons : en raison de son nom, d’abord. L’éditeur l’a choisi en songeant au héros d’Homère et je dois concéder que l’idée de piloter une machine comme on gouverne un navire n’est pas peu séduisante. En raison des fonctions que propose Ulysses, d’autre part. Manifestement, Ulysses a été conçu à l’intention de personnes dont l’écriture est le métier et qui ont à faire face à un flux élevé de matériaux de toutes sortes : souvenirs, idées, pensées, images, feuillet, chapitre, section, passage, trames, scènes, personnages. Quand il s’agit de retrouver une note précise dans plusieurs milliers d’autres notes, il faut se rendre à l’évidence : l’outil informatique est d’un très grand secours. Ulysses propose ainsi des fonctions d’indexation qui se limitent à l’essentiel (assigner des mots-clefs à une note), mais qui ont également été conçues pour être fonctionnelles : l’interface qui se présente sous la forme d’un triptyque dont certains panneaux sont escamotables remplit sa tâche à merveille : sur la gauche, les mots-clefs, au centre, l’ensemble des notes qui s’y rapportent, à droite, le texte, sans fioritures.

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Mon propos n’est pas de comparer ces deux applications comme s’il était possible de proposer un arbitrage et donc de les départager. Chacune a son intérêt et chacun y trouvera son usage, selon ses exigences et ses besoins. La familiarité avec laquelle on pourra disposer, peu à peu, de ces deux logiciels sera sans doute pour beaucoup dans la balance : celle-ci penchera-t-elle plus du côté de Tinderbox ? Plus du côté d’Ulysses ?

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À parler franchement, j’aimerais volontiers avoir un bon prétexte pour faire l’acquisition d’Ulysses. Mais je n’ai pas encore trouvé de raison suffisamment convaincante pour préférer Ulysses à Tinderbox. Je vais vous dire pourquoi.

J’utilise quotidiennement Tinderbox depuis plusieurs années maintenant. Je m’en sers pour prendre des notes de lectures et toutes les fois où, débutant un travail, j’éprouve le besoin de déposer mes idées au hasard, de façon non linéaire, en disposant d’un espace qui se prête aisément au jeu du « brainstorming ». C’est de cette manière que j’ai procédé pour écrire la première esquisse de deux préfaces à des ouvrages de Freud parues chez Payot & Rivages.

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Depuis peu, je me sers de Tinderbox pour prendre des notes de toutes sortes que je ne peux pas encore prendre le temps d’élaborer : des idées, des raisonnements, des souvenirs, des références, des descriptions, des lieux, des éléments pour un journal, jusqu’aux articles de mon blog.

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Chaque note créée dans Tinderbox dispose de son modèle. Celui-ci comporte un ensemble d’attributs, c’est-à-dire pour l’essentiel des mots-clefs qui sont autant de méta-données qui facilitent la recherche ultérieure d’éléments dans des notes. À tout moment, je peux donc chercher dans mes notes des éléments dont j’ai peut-être tout oublié : souvenirs, raisonnements, impressions, etc. Par exemple, je peux demander à Tinderbox de rassembler l’ensemble de mes notes dans lesquelles apparaît l’étiquette « philosophie ».

Comme je l’ai indiqué, Ulysses dispose d’une fonction similaire et d’une interface qui facilite la mise en œuvre de cette fonction. Avec Tinderbox, il faut entrer un peu dans la machine et se familiariser avec une organisation complexe. Alors, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?

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Contrairement à beaucoup d’autres applications qui réussissent à merveille ce qu’elles font, mais dont l’interface graphique ressemble à s’y méprendre à l’interface système (c’est le cas, par exemple, d’Ulysses et de sa présentation en trois panneaux qui rappellent à l’évidence la structure de l’application système « Mail »), Tinderbox, même dans sa dernière version, la version 6, largement révisée et policée, ne cherche pas à mimer l’interface système : dans le meilleur sens du terme, c’est une application « artisanale » et non un « clone » ou un « caméléon ».

url

L’expérience d’utilisation est donc sensiblement différente d’un produit « grand public », même aussi affûté que peut l’être Ulysses : c’est un outil à part entière qui requiert de son utilisateur un temps assez long d’appropriation et de personnalisation. Je dirais volontiers qu’il en est de la prise en main de Tinderbox comme d’une technique que l’on acquiert en prenant modèle sur et en regardant faire : le geste observé a beau être mimé à son tour, il n’en est pas moins mon geste et l’enchaînement des gestes est d’abord celui de mon corps. Tinderbox est donc un « maître », dans le sens le plus noble du mot : il laisse à l’utilisateur la liberté de trouver une voie qui correspond le mieux aux besoins qu’il rencontre.

 

Arithmétique ?

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Scrivener est une application avec laquelle je travaille depuis plusieurs années. J’en parle ici. Son interface et les modalités de son utilisation, sans être très complexes, sont tout de même assez inhabituelles. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un traitement de texte, mais d’un éditeur de texte capable d’exporter des fichiers textes volumineux sous différents formats. Par comparaison avec un traitement de texte classique, Scrivener permet notamment d’organiser à la volée les différentes sections d’un document, sans recourir à l’habituel copier-coller qui n’est jamais très confortable ni très prudent à opérer. En s’aidant d’un pointeur, on peut ainsi très aisément intervertir les sous-parties d’un texte. Au début de l’écriture de ma thèse, je l’utilisais de cette manière et je lui dois de fières chandelles. J’ai illustré ce processus dans la petite vidéo suivante.

Scrivener dispose d’une fonctionnalité assez pratique quand on travaille au jour le jour par petits objectifs. Quand il s’agit en effet d’écrire un texte au nombre de pages et de caractères limités, comme dans le cas d’une thèse, il peut être utile de disposer d’un outil qui soutient l’effort d’écriture. C’est précisément ce que propose Scrivener sous la forme d’une fonctionnalité dont l’icône est une cible.

cible

Ce compteur permet de déterminer à l’avance deux objectifs ponctuels :

1. Un objectif final : atteindre le nombre de caractères limité assigné au document à rédiger.

2. Un objectif plus immédiat : fixer un nombre de caractères à atteindre par session d’écriture.

Le compteur est un artifice, qu’on ne s’y trompe pas : il crée l’illusion d’une « carotte » (l’objectif chiffré à atteindre) en sollicitant en nous la posture agressive de l’archer (viser la cible). Mais ce biais présente un intérêt : il aide à se focaliser sur un objectif coûteux (atteindre un nombre précis de signes), mais limité dans le temps (une session à la fois). Sur la capture d’écran suivante, l’objectif de ma session est raisonnable : sur les 95000 signes que je dois atteindre, je serai satisfait si je peux en compter 3800 (soit une page approximativement). Au regard du chemin déjà parcouru (3155 signes au compteur), l’horizon ne devrait pas être bien loin. Petits calculs pour grands projets. Arithmétique ?

 

stats

Feuille de papier numérique ?

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Il est des applications informatiques dont il est difficile de parler sans se lancer dans de longs développements tant elles brillent par leur ingéniosité et par leurs raffinements. Je pense ici en particulier aux atouts que présente l’utilisation d’un éditeur de texte en Latex. Je pense aussi — et surtout, pour être tout à fait honnête — à Tinderbox.

Tinderbox 6 et son éditeur d'interface.

Tinderbox 6 et son éditeur d’interface.

Comme je l’ai déjà indiqué ici et , j’utilise Tinderbox au quotidien en tant qu’application de prise de notes : soit pour prendre des notes de lectures, soit pour noter toutes sortes de choses (idées, souvenirs, articles pour le blog, projets, contacts, etc.). En complément du combiné feutre-papier, je ne connais rien de plus pratique pour prendre des notes à la volée.

Dans sa nouvelle interface, Tinderbox propose une navigation par onglets. Désormais, une note ne s’ouvre plus sur une fenêtre, comme dans la version 5. L’interface est rassemblée autour de deux vues principales : sur la gauche, le mode « outline »; sur la droite, le texte correspondant à la note. Mais d’autres options restent possibles : choisir par exemple de ne travailler qu’en mode texte ou en mode map.

À gauche, une vue d'ensemble de mes notes. À droite, la fenêtre des notes.

À gauche, une vue d’ensemble de mes notes. À droite, la fenêtre des notes.

Depuis juin dernier, profitant de cette nouvelle interface, j’ai modifié quelque peu ma manière d’utiliser Tinderbox. Je m’en sers désormais comme d’une « boîte de réception », au sens que d’autres applications informatiques donnent à ce terme, Things ou Omnifocus, pour ne parler que d’elles. En parlant de « boîte de réception », je me réfère en effet principalement à l’une des modalités de la méthode développée par l’américain David Allen, la méthode GTD (acronyme utilisé pour « Gettings Things Done »). L’idée est la suivante : au moment où j’accomplis une tâche (lire un livre, par exemple), il m’est difficile de me détourner de cette dernière pour faire autre chose. Mais il est aussi difficile de ne pas penser… à autre chose, voire à beaucoup d’autres choses. Dans ce cas, l’alternative est la suivante : focaliser mon attention sur ma lecture au risque de m’en absenter rapidement pour re-penser à mes pensées (?!?) ou prendre note de ces pensées en acceptant qu’elles viennent interférer dans la lecture en cours (?!?). Dans ce dernier cas, la question devient : les prendre en note, oui, mais où ?

À gauche, Tinderbox en mode "map". À droite, le texte d'une note.

À gauche, Tinderbox en mode « map ». À droite, le texte de chaque note.

C’est là qu’intervient Tinderbox, l’application Things dont je me sers par ailleurs étant plutôt réservée à la prise en note de tâches et de projets. Ma prise de notes s’effectue en deux temps :

1. Prendre une note à la volée sans chercher plus que ça à la comprendre et à l’élaborer immédiatement, simplement en l’enregistrant et en la taggant.

2. Ma lecture terminée, revenir à mes notes pour en réécrire certaines, mais en changeant de point de vue et en utilisant le mode « map » (ou « carte »).

L'utilisation de métadonnées permet d'ordonner en sous-main l'intégralité de ses notes.

L’utilisation de métadonnées permet d’ordonner en sous-main l’intégralité de ses notes.

Même si Scrivener avec son tableau de liège propose une fonction assez proche, Tinderbox est à ma connaissance la seule application qui offre à l’utilisateur la possibilité de disposer ses notes un peu à la manière dont on dispose manuellement des fiches sur une table… ou sur un tableau de liège.

La différence avec une fiche cartonnée, une feuille de papier, un bout de nappe en papier, un cahier, un ticket d’achat, un ticket de métro, avec tout ce qui tombe sous la main et se laisse manipuler sans trop de peine, est qu’au final je dispose d’un ensemble de notes organisées numériquement par « projet » et par « tag » (ou selon d’autres métadonnées). Sur simple requête, des notes auxquelles je ne pensais plus peuvent ainsi refaire surface et faire apparaître une structure dont je n’avais peut-être même pas idée. Il ne s’agit pas d’opposer ici la feuille de papier à la surface de l’écran, mais de convenir qu’à l’usage, une application informatique rend de précieux services et contribue aussi (un peu) à être créatif.

Outre-Atlantique ?

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Dans son édition du dimanche 13 juillet dernier, le journal américain en ligne The Atlantic publiait un petit article sur les applications informatiques que j’utilise dans le cadre de ma thèse. Vous trouverez cet article à l’adresse suivante. Journaliste à The Atlantic et rédacteur de l’article, James Fallows, qui contribue régulièrement au forum des utilisateurs de l’application Tinderbox, attirait en effet l’attention sur les applications qui peuvent constituer un « workflow » (ou flux de travail) lorsqu’on travaille essentiellement dans un environnement numérique constitué de logiciels destinés à l’écriture.

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Quand on utilise plusieurs applications informatiques dont chacune contribue à la réalisation d’une production finale (un article, un livre, un mémoire, une thèse), il peut être en effet utile de savoir quelles sont ces applications et de quelle manière elles se combinent les unes aux autres. Par exemple, pour ma thèse, j’utilise principalement trois applications : Tinderbox (notes et notes de lectures), Scrivener (rédaction de la thèse) et Texshop (édition et impression). Je bascule donc assez souvent d’un logiciel à l’autre, notamment lorsque j’intègre des notes de lectures prises avec Tinderbox (une idée, un raisonnement, une référence, etc.) dans le plan de ma thèse et que j’élabore ensuite celui-ci avec Scrivener. Vous trouverez dans la section suivante un ensemble de tutoriels en images animées consacrés à ces outils.

C’est noté ?

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Les deux applications que j’utilise le plus dans le cadre de ma thèse sont Tinderbox et Scrivener. Je vous explique pourquoi. L’utilisation que je fais de Tinderbox est assez simple : je prends des notes (idées, raisonnements, réflexions, etc.) et des notes de lectures (citations à commenter, références de références, idées à retrouver ultérieurement, concepts, définitions, etc.). Je dispose donc de deux fichiers dans lesquels je dépose, çà et là, ce que je peux trouver de pertinent pour mon travail de thèse. Quant à Scrivener, je m’en sers pour organiser les données que je collecte au moyen de Tinderbox. J’ai créé pour cela un fichier dans lequel j’insère ces différentes données dans un plan provisoire. Ce plan est constitué de sections, de sous-sections et de sous-sous-sections auxquelles j’attribue des titres également provisoires et dans lesquelles j’insère les notes rassemblées avec Tinderbox. Une idée de ce processus sur le schéma ci-dessous.

 

tbx-scrivener

 

L’intérêt de travailler avec Scrivener réside dans sa flexibilité. Contrairement à la plupart des logiciels de traitement de texte classiques, Scrivener permet en effet de modifier à la volée chaque section du plan en substituant des parties les unes aux autres. J’ai déjà donné une idée de ce processus en images animées à travers la petite vidéo suivante. L’organisation de ce plan temporaire étant (provisoirement) arrêtée, j’imprime l’ensemble de ce plan et je procède alors aux corrections manuscrites qui s’imposent (feutre rouge de rigueur). Puis, j’effectue les corrections numériques apportées à cette première esquisse de plan qui, dans l’entre-deux, a encore été modifiée. En résumé, le principe qui préside à ce processus est donc le suivant : je ne me contente pas d’archiver mes notes de lectures. J’en classe certaines aussitôt dans un plan dont la structure émerge pas à pas, à la faveur de ce travail d’accumulation des notes. 

 

 

C’est fléché ?

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Si j’établis une liste des applications et des procédures que je mobilise lors de mes lectures de thèse, j’obtiens le « workflow » (ou flux de travail) suivant : au moyen d’Internet, la lecture à distance rendant de précieux services, il faut aussi pouvoir organiser ses téléchargements d’articles au format PDF. Pour cela, j’utilise (1) une application dont je parle ici même, Together 3, et je me sers (2) du lecteur de PDF Aperçu. Ne pouvant me résoudre à lire sans prendre de notes ou en prenant des notes manuscrites, j’utilise (3) Tinderbox, une application dédiée spécifiquement à la  prise de notes. Mais ces notes doivent prendre place dans le corps de ma thèse. J’utilise donc une application (4) qui facilite l’organisation linéaire des notes : Scrivener. Puis, j’exporte le corps de ma thèse dans un éditeur de texte Latex, TeXShop (5). À ce moment, il me faut imprimer ce que j’ai écrit (6) pour en faire la correction manuscrite (7). J’utilise alors à nouveau Scrivener (8) pour ajouter les corrections numériques correspondantes. Enfin, je précise dans Scrivener (9) les références des livres auxquelles je me rapporte et je les enregistre simultanément (10) dans Endnote et dans un fichier Texshop. C’est tout ?

FT

Une autre question pourrait être : peut-on faire (plus) simple ? Ou bien : y a-t-il des étapes dont on pourrait se dispenser ? En travaillant directement depuis un fichier Word et en ne prenant aucune note de lecture, oui. En utilisant le « finder » de l’ordinateur sans recourir à des applications de gestion de données, oui. En renonçant à utiliser un gestionnaire bibliographique, oui. Il est possible de se simplifier la tâche. Mais cette simplification a un coût : sans éditeur de texte comme Scrivener, comment organiser le corps de son document par fragments ? Sans prise de notes d’aucune sorte, que devient la mémoire des lectures ? Sans gestionnaire de bibliographie, à quelle utilisation ultérieure les références serviront-elles ? En consultant des bibliographies de thèses effectuées dans les années 70, on peut prendre la mesure de l’intérêt de cet investissement dans le numérique : tapées à la machine à écrire, ces bibliographies sont inutilisables en l’état. Cela signifie que leurs auteurs auront ultérieurement entré (ou non) manuellement des centaines de références. Sans même parler des innombrables cahiers dans lesquels auront été prises leurs notes de lecture.

Vous trouverez dans la section dédiée à des tutoriels animés quelques illustrations de l’utilisation que l’on peut faire des différentes applications dont je parle ci-dessus.

C’est dans la boîte ?

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J’ai déjà indiqué à plusieurs reprises quel usage je fais de certaines applications Mac qui me sont devenues indispensables dans mon flux de travail. J’utilise depuis peu une application que je connaissais, mais que je n’avais pas encore testée suffisamment longtemps pour prendre toute la mesure de ses possibilités. Devonthink pro est un logiciel dont la fonction principale consiste à stocker toutes sortes de données (textes, images, emails, ressources web, etc.) pour les classer ensuite dans des dossiers et dans des sous-dossiers auxquels il est possible d’affecter des « tags », des étiquettes qui facilitent la recherche de données (voir la capture d’écran ci-dessous).

 

inbox

 

Ce logiciel applique en effet une règle bien connue des GTDistes (comprenez : celles et ceux qui pratiquent la méthode GTD ou « getting things done » élaborée par l’américain David Allen) : cette règle consiste à déposer des idées ou des listes de tâches « en vrac », quelque part dans ce que l’on appelle habituellement une « boîte de réception » (ou « inbox ») au moment même où l’on est occupé ailleurs, à une autre tâche (lire, par exemple). Cette boîte de réception peut être physique (un classeur, par exemple). Dans le cas que j’invoque, il s’agit évidemment d’une boîte de réception numérique. Par rapport au support physique, la réception numérique présente de nombreux avantages. Mais ce qui retient le plus mon attention dans cette application, c’est l’usage que l’on peut faire de sa fonction d’entrée rapide. DevonThink pro me permet en effet de « capturer » rapidement une idée ou des données « à la volée » sans avoir à les classer d’emblée dans des dossiers. Tinderbox présente des fonctions de recherche assez similaires à celles de Devonthink, mais ne dispose pas d’entrée rapide. C’est la raison pour laquelle je l’utilise non pour collecter des données « on the fly » (« à la volée »), mais pour élaborer des données que je recueille avec Devonthink. (…) Toutes ces considérations sont très techniques. Elles peuvent produire l’impression qu’il ne s’agit là que de trucs de « geeks ». En réalité, dans un flux de travail où ce sont plusieurs applications qui contribuent, chacune à sa manière, à organiser de l’information, cette solution logicielle est précieuse. Je la comparerais volontiers à la clef de voûte que l’on ajuste sur un édifice. Ci-contre, en une carte heuristique, une idée de ce flux de travail.

 

Flux de travail

 

Qu’est-ce que c’est ?

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En images animées, une illustration de la manière dont on peut tirer le plus grand profit de l’application Scrivener. Scrivener n’est pas à proprement parler ce que l’on appelle un « traitement de texte ». Il s’agit davantage d’un éditeur de texte qui exporte ses fichiers dans beaucoup de formats différents, notamment des formats compatibles avec Word. Par comparaison avec des traitements de textes classiques, Scrivener offre une fonctionnalité essentielle quand on doit réorganiser un fichier texte qui comporte beaucoup de parties, de sous-parties et de sous—sous-parties, comme c’est le cas d’une thèse : il est en effet possible de réordonner constamment les éléments de son fichier sans avoir à faire de copier-coller. Sur l’exemple ci-contre, j’ai introduit des balises Latex de manière à pouvoir placer l’ensemble de mon document dans un fichier au format .tex. Mais il est tout à fait possible de faire plus simple et d’exporter la totalité de son travail au format Word ou en .odt.

Faire simple ?

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Le choix de travailler avec un éditeur Latex plutôt qu’avec un traitement de texte classique comme Word pour rédiger sa thèse ne va pas sans difficultés lorsqu’il s’agit de prendre en main la partie dédiée à la bibliographie. Quand on dispose d’un logiciel de bibliographie comme Endnote ou Bookends et qu’on travaille de concert avec Word, une simple requête suffit à construire sa bibliographie. Mais avec Texshop, un éditeur de texte en Latex, l’affaire s’étoffe. Endnote dispose d’une fonction d’export des bases de données. On pourrait donc penser qu’il suffit d’exporter sa base au format Bibtex, le format reconnu par Latex, pour que Texshop reconnaisse automatiquement les références de la base. Le processus est en fait plus complexe qu’il n’y paraît. Je ne suis pas encore parvenu, par exemple, à modifier la section d’Endnote intitulée « Original Publication ». Or, pour que cette section, requise par la norme APA, soit reconnue par Latex, il est nécessaire de l’intituler « originalyear ». Il faut donc intervenir manuellement dans le fichier exporté par Endnote et modifier certains caractères par lot ou à l’unité en ajoutant des accolades ici et là pour respecter les majuscules : Jules Lagneau et Winnicott, par exemple, sont des noms propres. Ils ont donc droit aux majuscules. Aïe aïe aïe !

En images animées, une petite idée de la complexité de ce flux de travail : travaillant sur l’organisation du texte de ma thèse avec Scrivener, un logiciel dédié aux travaux d’écriture complexes, je dois d’abord exporter mon fichier Scrivener dans Texshop. Puis, je dois exporter ma base de données, lui apporter des modifications manuelles et lancer le processus de composition finale afin de faire reconnaître les entrées bibliographiques par Texshop. Au total, ce flux de travail ne mobilise donc pas moins de 5 applications : Tinderbox (notes de lecture), Scrivener (organisation du plan linéaire), Endnote (références bibliographiques), Textedit (exportation de la base de données), Texshop (impression finale). Si j’ajoute à ce flux de travail l’application dont je parlais il y a peu, Omnifocus, qui me permet de prendre des idées à la volée, ce sont en permanence 6 applications qui occupent ce workflow. Par comparaison, si j’utilisais Word, mon flux de travail se ramènerait à gérer deux ou trois applications. Mais pourquoi faire simple ?

Workflow ?

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Le « workflow » est un concept « anglo-saxon » qui a été traduit en français par « flux de travail ». Le mot désigne un ensemble d’opérations techniques qui se succèdent et qui entrent dans l’exécution de tâches récurrentes. Ce peut être, par exemple, la manière dont un graphiste utilise tour à tour plusieurs applications informatiques pour concevoir et réaliser une affiche publicitaire.

Dans le cadre de la rédaction d’un texte complexe, par exemple d’une thèse, le workflow peut désigner l’exécution d’une succession de tâches qui requièrent l’utilisation de ressources, de méthodes et d’outils manuscrits et/ou informatiques. Par exemple, la tâche qui consiste à prendre des notes de lecture peut avoir le workflow suivant : durant la lecture d’un ouvrage (tâche 1), prendre des notes (tâche 2) au moyen du logiciel x. Ce flux de travail requiert ainsi une méthode (prendre des notes de lecture), des outils (un support manuscrit ou un ordinateur) et accessoirement un certain… entraînement.

La mécanisation de ce flux est en effet essentielle au progrès de la tâche. Si je sais ce que j’ai à faire et avec quels outils, je pourrai d’autant mieux me concentrer sur cette tâche. Si je l’ignore, la question surgira : « et cette phrase, là, que je viens de lire et qui retient mon attention, que dois-je en faire ? La noter quelque part ou me dire que je m’en souviendrai lorsque j’en aurai ultérieurement besoin ? » La méthode a cette vocation-là : elle vise à atteindre une certaine efficacité dans l’action. L’idéal est donc de connaître à l’avance ce workflow et d’en prendre pas à pas l’habitude. Mais comment le connaître sans l’expérimenter ? Et comment savoir si ce flux de travail possède l’ergonomie qui me convient le mieux ? En expérimentant plusieurs flux de travail, quitte à ce que la mécanisation invoquée plus haut connaisse quelques ajustements.

Certains aspects de mon workflow, par exemple, ont changé. Pour ce qui est de mes notes de lecture, Tinderbox reste un outil qui m’est indispensable. J’en ai parlé ici même il y a peu. En revanche, j’ai modifié le workflow de la rédaction. Pour ce qui est d’écrire, Tinderbox est surtout utile au commencement d’un travail, quand il s’agit essentiellement de poser des idées sans se soucier d’aucune question d’ordre. Lorsqu’une structure a émergé et qu’un travail plus linéaire peut commencer, je me sers de Scrivener, puis de Word. L’interface de Scrivener me permet de réorganiser à volonté les différentes sections de mon travail (parties, chapitres, sections, sous-sections, sous-sous-sections). Quant à Word, je m’en sers lorsque je dois imprimer certaines sections du document sur lequel je travaille ou lorsque, pour des raisons de compatibilité, je dois exporter un texte. L’impression finale reste l’affaire de l’éditeur Latex Texshop. J’en parlerai ultérieurement. Plus haut, en une image et un schéma, une idée de ce flux de travail.

Tout cela peut sembler très « technique » et peu engageant. Pourtant, l’enchaînement de ce flux n’est pas si éloigné de la pratique d’un sport, d’un art ou d’un artisanat : plus je sais ce que je dois faire, moins je pense à le faire, mieux je le fais. Vraiment ?